Tunisie : Les prisonniers de la 3ème voie

©Rico Torress

Les prisonniers de la 3ème voie sont à la fois pour et contre le gouvernement…

Les prisonniers de la 3ème voie sont à la fois pour et contre l’opposition…

Les prisonniers de la 3ème voie se tiennent à la même distance de l’Orient et de l’Occident…

Les prisonniers de la 3ème voie ne sont pas islamistes car ils sont assez lucides pour savoir que l’islamisme est à la politique ce qu’est McDonald’s à la bouffe, une sorte de fonds de commerce… Les prisonniers de la 3ème voie ont tout de même assez de bon sens pour ne pas confondre Islam et islamisme…

Les prisonniers de la 3ème voie ne sont pas laïcs mais se revendiquent séculaires. Ils savent que les plus grandes « démocraties » du monde ne sont pas laïques mais sécularisées… Les prisonniers de la 3ème voie ont lu, ou liront, avec beaucoup d’intérêt, l’essai « « L’Islam religion d’État », disposition constitutionnelle garante du processus séculariste de la démocratie tunisienne » de Riadh Guerfali et l’ont apprécié, ou l’apprécieront, à sa juste valeur.

Les prisonniers de la 3ème voie ne sont pas très à l’aise avec le concept de « Démocratie », ou du moins de « démocratie représentative ». Ils ne sont pas très à l’aise car cette idée théorique qui veut que la politique n’agisse que sur demande du peuple, à travers les élus du peuple, est tout simplement impossible. D’abord, le processus électoral fait que la représentativité engendre une majorité et une minorité. Les intérêts et les aspirations de ces derniers étant très souvent conflictuels, la politique ne peut donc jamais agir sur demande du peuple dans son intégralité mais seulement – théoriquement – sur demande de la majorité du peuple. Le respect de la minorité est très souvent chimérique et la politique, généralement, n’aime pas le consensus, même si elle fait semblant de l’aimer. En outre, que la politique agisse sur demande du peuple suppose que le peuple – dans son intégralité – soit en connaissance parfaite de tous les détails nécessaires à la prise de toute et quelconque décision, aussi complexe et pointue qu’elle soit. Ce qui implique nécessairement une transparence totale et parfaite à tout niveau de l’Etat. Or, les Etats, étant animés entre eux par des intérêts conflictuels, n’ont pas toujours (et presque jamais) intérêt à adhérer à la transparence totale et parfaite, pour des raisons de souveraineté et de sécurité… C’est pourquoi les prisonniers de la 3ème voie ont soutenu la campagne OPENGOV sans grande conviction…

Les prisonniers de la 3ème voie ne reconnaissent pas la déclaration universelle des droits de l’Homme ou du moins ne reconnaissent pas l’application qui en est faite. Car cette déclaration que font valoir les « superpuissances droit-de-l’hommistes » se heurte souvent dans son application à des législations nationales établies par ces mêmes « superpuissances droit-de-l’hommistes ». Les prisonniers de la 3ème voie appuient toujours leurs argumentaires sur le concept de liberté d’expression fortement empreint du deux poids, deux mesures et sur le concept de libre circulation entaché par le concept d’immigration clandestine ou illégale…

Les prisonniers de la 3ème voie se revendiquent pour la plupart libéraux. Ils prônent le libéralisme politique sans pour autant aduler le libéralisme économique qui en découlerait. Les prisonniers de la 3ème voie sont souvent dans le rejet total du capitalisme industriel et ce qu’il engendre d’aliénation et de principes hiérarchiques d’organisation. Les prisonniers de la 3ème voie sont des libéraux dans le sens où la liberté et son corolaire de responsabilité individuelle prévalent sur tout autre principe. Sauf que les prisonniers de la 3ème voie estiment que la liberté, dans sa forme absolue, n’est autre qu’un idéal encore non atteint et peut-être impossible à atteindre. Les prisonniers de la 3ème voie ont lu et relu les amendements du Patriot Act avec rage et compassion et ne comprennent pas que les Etats-Unis soient encore considérés comme une référence en termes de libertés individuelles…

Ce qui précède peut laisser entendre que les prisonniers de la 3ème voie soient anarchistes. Pourtant, les prisonniers de la 3ème voie ne sont pas anarchistes… Ils estiment que l’anarchisme requiert un romantisme, une indolence et un idéalisme dont ils sont démunis car trop pragmatiques. Et par moments, il leur arrive de ne plus savoir se situer entre Destruction et Construction… Entre Révolution et Réformisme…

Les prisonniers de la 3ème voie sont tout et rien à la fois… Car la 3ème voie n’existe pas… Les prisonniers de la 3ème voie sont les prisonniers d’un rêve… Peut-être lui aussi impossible à réaliser ?

Par Olfa Riahi

5 thoughts on “Tunisie : Les prisonniers de la 3ème voie

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