Prêche d’Abou Iyadh à la mosquée Al Fath : Les portées d’un discours


Le leader salafiste Saifallah Ben Houssein, plus connu sous le nom « Abou Iyadh », prêchait hier après-midi à la mosquée Al Fath située en plein centre ville de la capitale tunisienne. Si tous les médias nationaux et internationaux se sont empressés de décrire dans les moindres détails les circonstances et le décor de cet après-midi fort mouvementé (présence policière, dispositif de sécurité, tensions, fuite présumée du chef salafiste, etc.), très peu d’entre eux se sont attardés sur le discours servi par le n°1 du mouvement, un discours pourtant très percutant de par sa portée politique mais aussi et surtout sa portée sociale.
Transcription du prêche :
« Les pions des Etats Unis d’Amérique s’acharnent sur nous. Ils nous insultent, nous menacent, nous humilient et oublient qu’il ne s’agit pas d’une confrontation entre deux courants mais plutôt d’une affaire qui concerne toute une communauté. La « Oumma » de l’Islam humiliée depuis bien longtemps.

Ceux qui ont appelé à manifester vendredi pour « faire triompher » le prophète Mohamed n’appartenaient pas uniquement à la mouvance salafiste. Toutes les franges du peuple tunisien musulman sont sorties manifester : barbus et non barbus, voilées et non voilées, vieux, jeunes et enfants. Des familles au complet sont sorties manifester.

Pourquoi accuse-t-on alors – et s’il faut parler d’accusation ici, cette accusation est bien noble – pourquoi accuse-t-on un seul courant ?

Pourquoi promettre de le déraciner et de l’affronter d’une main de fer ?

Laissez-moi vous dire que vous baignez dans l’illusion. Les défis et les menaces ne feront que renforcer les enfants de l’Islam et de consolider leur idéologie et leur détermination à faire valoir leur religion.

Nous ne reculerons pas, ni ne nous avachirons. Nous ne disparaîtrons pas !

Nous voulons rappeler aux enfants de notre peuple – et non à ceux qui se disputent le pouvoir – nous rappelons aux enfants de notre peuple le discours des deuxièmes rencontres de « Ansar Al Chariaa » à Kairouan. Nous vous avons envoyé des messages rassurants, des messages pour vous prouver que nous ne serons jamais ingrats pour ce que vous nous avez offert et que nous ne vous le rendrons que par le bien.

Ce gouvernement, ces partis laïcs qui se disputent le pouvoir, veulent nous dénigrer. Nous rappelons que cette jeunesse pure et purifiée (qui vient de procéder à l’ablution) est celle qui a accouru pour aider les plus démunis et qui continue à le faire dans les quatre coins du pays.

Qui a donc organisé ces innombrables caravanes dans les régions pauvres, régions délaissées par le gouvernement et par les partis ? Seule cette jeunesse pure et purifiée s’y est rendue.

Qui a organisé les caravanes médicales ? La dernière en date, l’avant dernier dimanche. Quinze médecins de différentes spécialités : médecine générale, médecine interne, dentistes, psychologues et psychiatres. Plus de quinze médecins se sont rendus à Kasserine, dans des patelins délaissés par le gouvernement et par les partis laïcs trop occupés à se disputer le pouvoir. Ils ont soigné plus de 300 bénéficiaires, enfants de ce peuple. Ils leur ont fourni des médicaments et sont même allés jusqu’à transcrire la nature de leurs maux pour effectuer le suivi. Qui d’autre que cette jeunesse que l’on menace ?

Je m’adresse à celui que je ne nommerai pas et qui est sorti le soir même des incidents de l’ambassade pour réitérer à cette jeunesse ses menaces passées. Je lui dis :
« Le peuple musulman de cette terre vous avez dit suite à la fuite du tyran que le trône sera désormais en « tefal » (aluminium), alors ne tentez pas d’en faire un trône magnétique à essayer de vous y coller. »

Je m’adresse aujourd’hui au Ministre de l’Intérieur en personne pour lui dire :
« Vous êtes devenu un fardeau pour votre mouvement (Nahdha) avant d’être un fardeau pour le peuple. Vous avez échoué à garantir la sécurité de votre peuple. Vous avez échoué à préserver la vie du peuple musulman. Plus de 40 personnes ont péri en mer aujourd’hui, qui en est responsable ?

Vous avez échoué à exclure ces bourreaux qui continuent à ce jour à torturer les enfants de ce peuple. La mort sous la torture d’un tunisien est toute récente.

Vous avez échoué à protéger les filles de la Tunisie. Qui a violé cette tunisienne il y a quelques jours ?

Est-ce cette jeunesse tunisienne ou vos subordonnés sensés assurer la sécurité ?

Vous auriez du vous adresser au peuple avec un discours rassurant pour lui insuffler la paix et non la terreur.

Et comme je vous l’avais dit il y a des mois, après les incidents de Bir Ali Ben Khlifa, vous êtes en train d’échafauder une nouvelle dictature et j’en suis encore convaincu aujourd’hui. Une nouvelle dictature fondée sur un ennemi imaginaire qui n’est autre que le courant salafiste.

Le peuple sait aujourd’hui que ceux qui apportent l’aide, ceux qui offrent la tenue de l’Aïd, ceux qui offrent les aides pour l’Aïd et pour le Ramadan, ceux-là appartiennent à cette jeunesse que vous accusez de violence.

Le peuple sait que c’est cette jeunesse qui offre le cartable pour la rentrée scolaire, et nous implorons Dieu pour que cette rentrée se passe dans de bonnes conditions.

Vous auriez été un vrai homme politique, désireux d’assurer la sécurité, vous auriez rassuré le peuple.

Sachez que les calculs politiques auxquels vous vous adonnez, vous et ces partis qui se disputent le pouvoir, pour tirer la carte gagnante et reporter les élections en instrumentalisant le courant salafiste et la violence… Sachez que vous êtes dans l’illusion si vous croyez que cette jeunesse va se laisser embarquer dans un jeu ou une guerre politique qui ne la concernent pas.

Nous vous avons laissé le trône, nous vous avons laissé le pouvoir et n’avons demandé qu’une chose : Laissez-nous procéder à nos activités de prédication ! Laissez-nous poser nos tentes dans ce but ! Laissez nos caravanes de bienfaisance s’étendre dans le pays !

Je vous rappelle que des régions de ce pays – et je vous le rappelle pour la dernière fois – des régions de ce pays sont jusqu’à ce jour privées d’eau potable. Qui a organisé les caravanes pour fournir l’eau à ces régions ? Qui d’autre que cette jeunesse que vous accusez de violence ?

Vous voulez des preuves de ce qu’entreprend cette jeunesse ? Attendez donc, nous vous fournirons les vidéos, les déclarations des enfants de ce peuple qui vous rejettent mais respectent cette jeunesse pure.

Remettez-vous donc en question.

Vous ne faites pas peur à cette jeunesse. Vous savez pertinemment que plus vous leur mettrez la pression et plus leur idéologie se répandra. Plus vous mettrez la pression et plus les jeunes non conservateurs, délinquants, marchands d’alcool se tourneront vers cette idéologie. Pourquoi ne tirez-vous en pas la leçon ? Craignez Dieu !

Monsieur le Ministre de l’Intérieur, vous avez envoyé vos pions pour m’arrêter, par effraction, en violation à la loi que vous adorez.

Quand ils ont débarqué chez moi, je leur ai posé deux questions :
– Disposez-vous d’une convocation ?
Ils ont répondu que non.
– Disposez-vous d’un ordre du procureur de la République ?
Ils ont répondu que non.

Nous, les jeunes, ne maîtrisons pas vraiment ces questions juridiques, même si ma formation est juridique mais vos pions ont nié être en possession d’une convocation ou d’un ordre émanant du procureur. Ils voulaient m’arrêter de force. Et pourtant, j’ai caché à mes jeunes que ma famille a été humiliée, que vos pions ont fait tomber par terre mon frère souffrant lorsqu’il leur a arraché les clés du véhicule pour empêcher mon arrestation.

Vous avez vu de vos propres yeux mes voisins et mes proches vous tenir tête en vous répétant ce que vous étiez injuste.

Vous êtes ceux qui enfreignent la loi à laquelle vous vous adonnez au lieu de vous adonner à Dieu. Vous n’êtes donc pas bon pour ce poste. Sauvez ce qu’il vous reste de dignité, s’il vous en reste, et démissionnez !

Vous vous justifiez en avançant que vous ne vous retirerez pas en temps de crise mais vos justifications rappellent bien celles d’autres gens.

Aujourd’hui, vous faites l’éloge de la démocratie et du modernisme. La démocratie que vous adorez vous oblige à démissionner.

Puis, laissez-moi vous poser une question : Le jour des incidents de l’ambassade, tous les appels à manifester étaient pacifistes. Il s’agissait de protester pacifiquement. Qui a attaqué les jeunes ? Qui les a agressés en premier ?

Deuxièmement, pourquoi l’ambassade a-t-elle été évacuée subitement ? Où est subitement passé le dispositif de sécurité ?
Il s’agit d’une manœuvre politique ! Pour qu’advienne ce qui est advenu. Et vous êtes les premiers accusés, bien avant toutes les franges de ce peuple.

Oui, nous savons que la mosquée est encerclée. Nous ne sommes pas ici pour les défier. Nous sommes là pour dire que quelque chose est en train de se jouer.

Ils veulent trouver une solution à la problématique du 23 octobre. Ça ne se fera pas à notre détriment.

Je vous ravive ma requête mes Frères : Ne répondez pas aux provocations ! Ne soyez pas un appât entre les mains de ceux qui jouent de la politique, assoiffés de pouvoir.

Nous appelons tous les sages de ce pays à se tenir comme un seul homme contre tous les plans établis par les ennemis de ce peuple.
Nous ne participerons pas à cette bataille.

Soyez prudents mes Frères, ne vous laissez pas manipuler par ces plans. Ils veulent faire de vous des bouc-émissaires. Ne leur en offrez pas l’occasion.

Remettez-vous en question. Invoquez Dieu. Rapprochez-vous de lui. Dieu fera triompher sa religion. Dieu a fait les causes de cette révolution, a poussé le tyran à s’enfuir et c’est Dieu qui prépare ce qui va advenir prochainement. Faites-lui confiance. Ne délaissez pas votre religion mais ne soyez pas un appât entre les mains de ces joueurs.

Je rappelle que ceci n’est pas un défi mais que nous voulions informer le peuple et les médias – car il y a désormais des médias justes et j’entends pour la première fois à la télé nationale des témoins innocenter les salafistes. Dieu merci, le témoignage n’a pas été censuré. L’un des employés de l’école a déclaré que les salafistes n’avaient rien à voir avec ce qui s’est passé, pourquoi ne pas le croire ? Beaucoup de journaux ont innocenté les salafistes et ont prouvé qu’il y avait des intrus, pourquoi ne pas réagir à ce que disent les médias aujourd’hui ? Pourquoi accuser une mouvance en particulier ?

L’exclusion ne mènera nulle part. Nous le répétons : La Tunisie n’est pas une terre de Djihad et nous ne ferons rien de ce dont vous voulez nous accuser. Craignez Dieu pour le bien de ce peuple. Craignez Dieu pour le bien de ceux qui retournent aux bancs des écoles et des lycées. Ils sont deux millions ou plus en cette rentrée. Rassurez-les.

Cette démonstration de force ne mènera à rien. »

Puis le prêche est interrompu car dehors, la tension est à son apogée en raison du dispositif des forces de l’ordre qui encerclent la mosquée.

La vidéo du prêche est consultable ici.

Par Olfa Riahi

 

Crédit photo : Webdo

7 thoughts on “Prêche d’Abou Iyadh à la mosquée Al Fath : Les portées d’un discours

  1. Merci beaucoup pour cette traduction, très utile pour ne pas laisser le mystère planer autour de phénomènes réels et si clairs dans leurs déclarations. A suivre de près..

  2. Ping : 11 septembre 2012 : film anti-islam | Pearltrees

  3. Un discours qui mérite à être analyser avec objectivité et sans préjuger.
    Abou Iyadh accuse Ennahdha de tentative de manipulation, un prétexte à utiliser pour repousser la date des élections.
    Je me pose la question, n’est il pas possible d’ouvrir un dialogue sincère entre tout les tunisiens (indépendamment de leurs conviction) sincère pour leurs amour à ce pays ? n y a t il pas un terrain d’entente ?

  4. Autre chose, M. Abou Iyadh malgré qu’il déclare que son appel à manifester est pacifique, la théorie de complot (l’ambassade a-t-elle été évacuée subitement) ne suffit pas à expliquer pourquoi la manifestation est dégénéré en violence. Les manifestants été près à y faire recours (la violence).
    Avant de nier la responsabilité, il faut avouer l’échec d’encadrement et de tenir la foule loin de toute violence.

  5. Ping : Klem Net: “Innocence des musulmans”, au-delà du film

  6. Ping : Tunisie : Interview censurée d’Abou Iyadh – Transcription partie I « To be good again

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