Rades Al Mallaha : Le Ministère de l’Intérieur récidive, Sihem Ben Sedrine dénonce

Samedi 14 Avril 2012, un sit-in comme les autres sur la route du port de Rades. Des jeunes chômeurs bloquent la route pour revendiquer leur droit à l’emploi. Ils contestent la dernière liste des recrutés pour la Société Tunisienne d’Aconnage et de Manutention (STAM) où seuls 4 jeunes d’Al Mallaha ont vu leurs noms apparaître sur un total de 104 recrues.

Aux alentours de 15h00, les radios tunisiennes commencent à parler d’affrontements violents entre les sitinneurs et les forces de l’ordre. Peu de temps après, l’agence Tunis Afrique Presse titre : « Mallaha Radès : Affrontements entre les forces de sécurité et un groupe de jeunes« .

La dépêche de la TAP tente de mettre en exergue, de manière tacite certes mais avec tellement d’acharnement, la légitimité de l’intervention policière. On souligne alors l’utilisation de cocktails Molotov par les sitinneurs, la grande prudence des forces de sécurité faces aux protestataires, le mécontentement des chefs d’entreprise de la zone à cause du blocage de la route et ce que cela entraine comme pertes, la participation de citoyens âgés aux négociations (sous entendu dans une tentative de raisonner les jeunes)… Un petit paragraphe à la fin de la dépêche livre une ébauche, vague, de l’autre version.

Nous n’attendrons pas longtemps avant que l’ébauche ne se transforme en tableau clair et net, grâce au communiqué du CNLT titré « Exactions policières contre les habitants de la cité El Mallaha » et signé par Sihem Ben Sedrine en sa qualité de porte parole. Le texte du communiqué peut être consulté sur la page officielle de la militante. On y lit la sauvagerie des pratiques policières qui ne change pas en dépit des gouvernements qui se succèdent :

« Après avoir dégagé la route, les unités d’intervention rapide se sont déplacé vers le quartier populaire de Mallaha qu’ils ont quadrillé et procédé à un ratissage d’une rare violence ; ils ont lancé des grenades lacrymogènes à l’intérieur des maisons, asphyxiant sans discernement bébés, vieillards et femmes enceintes, pénétrant de force dans les habitations, fracassant les portes, saccageant le mobilier et matraquant sans ménagements femmes, enfants et vieillards ; des dizaines d’interpellations ont touché également des mineurs et des jeunes filles. Deux journalistes ont également été molestés. »

Le CNLT par la voix de son porte parole fait ainsi la lumière sur ce qui semble être une récidive, à peine 5 jours après les évènements du 9 avril 2012 sur l’avenue Habib Bourguiba. Et pour changer, le Conseil National pour les Libertés en Tunisie demande la mise en place d’une commission d’enquête. Le CNLT :

« – dénonce avec la plus grande vigueur cet usage indiscriminé de la force sur toute une cité qui s’apparente plus à une expédition punitive qu’à une mesure de maintien de l’ordre. Ces exactions ont touché de façon indiscriminée des familles réfugiées à l’intérieur de leurs domiciles.
– Rappelle que ces violences policières se sont produites à quelques jours des violences commises le jour de la fête des martyrs et remettent à l’ordre du jour la question d’une réforme structurelle de la police
– Exige du gouvernement la mise en place d’une commission d’enquête indépendante qui fasse la lumière sur ces violations des droits humains et prenne les mesures adéquates en vue de prévenir ce genre de comportements irresponsables. »

Radio Kalima s’est déplacée pour recueillir les témoignages des habitants du quartier. Le reportage est consultable ici.

Par Olfa Riahi

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