Marzouki en visite à la prison Ennadhour : Ce que le canari m’a chuchoté avant de s’envoler

Samedi 14 avril 2012,  une date dont certains se rappelleront longtemps. Non pas parce qu’il s’agit de la date où Moncef Marzouki aura visité, en sa qualité de Président de la République, la prison Ennadhour mais plutôt parce qu’il s’agit de la première fois où des vidéos de cette prison circuleront publiquement.

Nous retiendrons tout d’abord cette photo qui a buzzé sur Facebook, où l’on voit le Président de la République libérer un canari de sa cage au milieu de la cour de ce lieu réputé pour être l’un des plus inhumain du pays. Une photo qui a su détourner l’attention de l’essentiel. Mais le canari avant de s’envoler a heureusement laissé un message…

Ennadhour se situe sur la colline de Bizerte, à quelques kilomètres de la Corniche. Ayant passé mon enfance dans cette ville du Nord tunisien, je ne me souviens que trop bien de toutes les légendes urbaines qui circulaient autour des détenus de ce mystérieux lieu, des légendes où la barbarie se mêlait à l’horreur, et le sang se mêlait au sang. Je me rappelle quand il m’arrivait de passer devant Ennadhour, bien souvent obligée car pas d’autres itinéraires possibles, et qu’un ami me disait qu’on était en train de marcher sur les détenus, qu’ils étaient enfermés juste sous nos pieds, dans un sous sol pourri. Je me rappelle en avoir frémi, de peur plutôt que par dégoût…

Puis ce matin, la prison n’était plus une légende urbaine. Elle s’est subitement transformée en réalité car la Présidence de la République, certainement exaspérée par le blackout médiatique autour d’une visite fun et glamour, a lâché la vidéo.

La première minute de l’enregistrement a suffi à me dégouter. Moncef Marzouki accompagné de Nourreddine Bhiri, Ministre actuel de la Justice, était entouré de tous ces gardiens de prison, tous ces fonctionnaires de l’Etat, la plupart têtes baissées et hypocrisie aveuglante, qui n’arrêtaient pas de lui répéter combien ils manquaient de moyens, combien leurs conditions de travail étaient mauvaises, combien le budget était insuffisant… Puis il y a eu les médecins, que je m’abstiendrai de critiquer évitant ainsi de me retrouver avec tout le corps médical tunisien sur le dos… Puis il y a eu ces petites ouvertures dans les murs, tellement petites qu’on ne pourrait même pas les appeler « fenêtres »… Et il y a eu ces têtes et ces mains tendues à travers les ouvertures, à travers les barreaux…Puis il y a eu les murs moisis et les sous-sol…

J’ai eu du mal à regarder ces 10 minutes. J’ai eu du mal à voir la légèreté avec laquelle avait été traitée cette visite. Partagée entre mépris, empathie et dégoût… Puis je me suis rendue compte que je n’étais pas la seule à être animée par cette affreuse sensation. Sur Facebook, quelques rares amis ont commencé à faire remonter tout ce qui avait filtré comme informations concernant les prisons tunisiennes depuis la fuite de Ben Ali. Informations qui étaient souvent passées sous silence.

Un article de Essabah daté du 26 mars 2012 et signé Monia Arfaoui refaisait ainsi surface. Il reprenait les déclarations du Secrétaire Général du Syndicat des Agents et des Cadres de Prison, Habib Rachdi, concernant les tortures et la corruption enregistrées dans les prisons tunisiennes de l’époque Ben Ali à ce jour. Dans son interview, il parlait notamment du directeur de la prison Ennadhour :

فلا يعقل اليوم أن نجد مدير سجن الناظور يباشر مهامه وهو المسؤول عن قتل 11 سجينا إبان الثورة، وكذلك هو من أجبر سنة 2006 أحد السجناء على أن يبيعه عقاره وهو يقضي عقوبته عن طريق الغبن والاحتيال لأن قيمة هذا المنزل كانت في حدود 300 ألف دينار وقد اشتراه منه بـ80 ألف دينار، وعملية البيع هذه تمت والسجين لا يزال في السجن

Traduction :

« Il est inacceptable aujourd’hui de voir le directeur de la prison Ennadhour continuer à exercer ses fonctions alors qu’il est responsable de la mort de 11 détenus au début de la Révolution. Il avait également obligé, en 2006, l’un des détenus à lui vendre son bien immobilier alors que ce dernier purgeait encore sa peine et ce de manière frauduleuse car la maison valait 300 milles dinars, qu’il l’a achetée pour 80 milles dinars et que la vente a été conclue alors que le prisonnier était encore en prison. »

L’intégralité de l’article, en langue arabe, est consultable ici et regorge d’informations du même genre.

Mais laissons de côté les dossiers de corruption et revenant aux morts. Car des morts en prison pendant la Révolution, il y en a bien eu et nous nous rappellerons tous les prisons incendiées ou ouvertes au mois de janvier 2011. La vidéo ci-dessous a été prise à Monastir le 15 janvier 2011. Elle illustre parfaitement un épisode que le peuple tunisien semble avoir oublié, tout comme il semble avoir oublié les snipers depuis que Béji Caied Essebsi a déclaré qu’il ne s’agissait que d’une rumeur. Ce n’est cependant pas le sujet…

Oui, des morts en prison pendant la révolution il y en a bien eu…  Des morts à Ennadhour pendant la Révolution il y en aurait bien eu aussi. C’est du moins ce qu’a déclaré dernièrement  le blessé tant controversé qui s’était cousu la bouche et qu’on accusait d’être un détenu en fuite qui n’avait rien à voir avec la Révolution. Il y a à peine une semaine, invité sur le plateau de Nessma TV, aux côtés de l’avocate et militante Leila Ben Debba, qui au passage et par pure coïncidence s’est faite cambrioler avant hier, le blessé déclarait qu’on lui avait tiré dessus à la prison Ennadhour, le 14 janvier 2011. La vidéo de son témoignage est consultable ici.

Les prisons tunisiennes, c’est ce dont m’a parlé le canari d’Ennadhour avant de quitter sa cage. C’est aussi ce dont n’arrête pas de parler les administrateurs de la page Facebook intitulée Mouvement des Agents et Cadres de Prison Libres حركة أعوان السجون والإصلاح الأحرار

Cependant, ça ne reste qu’une page Facebook et nous ne saurons jamais qui se cachent derrière ni ce qui les motive. Nous devrons donc attendre les résultats des enquêtes, si enquête y a. Nous devrons aussi attendre l’assainissement des Ministères de la Justice et de l’Intérieur, si assainissement y a.

Alors attendons…

Par Olfa Riahi avec la précieuse collaboration de Fairouz Slama

One thought on “Marzouki en visite à la prison Ennadhour : Ce que le canari m’a chuchoté avant de s’envoler

  1. Le « canari » est un animal domestique, qualifié, ès-qualité d’animal de compagnie ,etl recevant la protection de l’homme en échange de sa présence, sa beauté, sa jovialité, ou pour ses talents (oiseaux chanteurs, pigeons voyageurs…).Le canari se contente d’un simple mélange de graines mais il faut lui donner aussi salade, carottes râpées, pommes,… Durant la reproduction il faut compléter cela par de la pâtée à l’œuf et lors du sevrage, administrer des insectes vivants. Lors de la mue, il existe un régime complémentaire « spécial mue » à ajouter au mélange habituel. Et maintenant que ce « pauvre » canari, et grâce à un ignare en matière d’animaux, autant que d’hommes, est « condamné à être libre », je me demande comment il va subsister, question régime alimentaire….. ikèb sa3dèk, yè boubarnous !!!! 7raaaaaaaaaaaaaam a3lik héchéy élli 3maltou !!! hamadi khammar

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