« L’heure du choix ? » par Gilbert Naccache

 

 » On me somme de choisir. Dis-nous, lesquels préfère-tu, les destouriens ou les islamistes ? Parfois, souvent, on me souffle (façon de parler, ils ont plutôt tendance à criailler, ceux-là) qu’il faut choisir les destouriens, qu’on sera protégé de la théocratie, qu’on préservera nos acquis et, argument suprême, ceux des femmes ! Curieusement le choix est limité à ces deux-là. Comme si les autres, tous les autres, ne pouvaient être qu’avec celui-ci ou celui-là, comme s’ils ne présentaient aucune alternative, comme s’ils ne comptaient pas, en somme.

On veut que je donne mon choix, et on me le demande de différentes manières : certains, sarcastiques, déversent leur bile sur ce peuple « qui ne mérite pas mieux », dévoilant au passage le lien de certains partisans de la coupole (el koba) avec l’esprit de la contre-révolution : tu vois où ça nous a menés, ta révolution. Minute, ce n’est pas ma révolution, c’est celle d’un peuple, d’une jeunesse, et j’y ai trouvé naturellement ma place. Et puis, c’est une vue un peu courte, la révolution n’a pas mené qu’à ce dilemme, la nécessité de « choisir entre la peste et le cholera », elle a aussi libéré la parole, rendu possibles les réunions, les manifestations, rendu audibles les critiques, elle a désacralisé l’autorité, y compris celle que beaucoup ont encore dans la tête, qui leur interdit de faire confiance aux jeunes, aux opprimés, aux faibles, aux « forçats de la faim »…

Il y en a d’autres qui sont franchement perdus, qui voudraient y voir clair, pour qui ma modeste parole a du poids et qui me demandent sincèrement de les aider à trouver le chemin. Quelle terrible destin que de ne pouvoir choisir entre le mauvais et le pire «el mchoum ou el achouem menou ») ! Pourquoi avons-nous forgé nous-mêmes notre malheur en participant à des élections aux résultats prévisibles ? Et maintenant, que faut-il faire ? Cette question, posée sur un ton pathétique ou désabusée, revient comme un leitmotiv.

Et je ne parle pas de ceux qui y ont répondu par la résignation « réaliste », justifiant par avance la nécessaire alliance avec les maîtres d’hier par une miraculeuse rédemption spontanée de ces agents de la dictature convaincus aujourd’hui de la nécessité de la démocratie, grâce à laquelle ils pourraient revenir au pouvoir et défendre les acquis. Acquis de qui ? S’ils sont tellement bien, et répartis entre tous les Tunisiens, ces acquis, pourquoi y a-t-il eu une révolution ? Décidément, le peuple… »

 

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