L’Assemblée Constituante : Et après ?

J’ai le blues depuis hier. A en croire les quelques échanges que j’ai eus avec certains proches aujourd’hui, il semblerait que je ne sois pas la seule.

Certains parlent de déprime, d’autres décrivent une sensation de vide étrange, d’autres sont extrêmement fatigués. Je pense que c’est tout à fait normal au bout de onze mois de sensations intenses, mélange d’amour et de haine, de pitié et de compassion, de vérité et de mensonges, de réalités et d’illusions, d’émotions et d’indifférence, d’espoir et de désespoir, d’excitation et d’abattement. Je pense que c’est bien normal d’être fatigué lors d’une Révolution.

En dépit de toutes les émotions qui peuvent nous habiter depuis hier, les faits sont là. Nous avons enfin notre Assemblée Constituante. Je trouve qu’elle est bien colorée et quoique l’on puisse dire, le kaléidoscope est à mon sens assez fidèle à la réalité. Le peuple a choisi ses représentants mais ne semble pas leur donner carte blanche. Il reste vigilant et c’est rassurant.

Je parcourais en silence mon fil d’actualité Facebook. Je me désolais de voir que la dimension identitaire et spirituelle continuait à diviser les internautes. Puis j’ai regardé avec beaucoup d’intérêt et de peine les vidéos de Kasserine et son indignation retentissante suite au fâcheux oubli dont ont fait objet les martyrs de la région lors de la séance d’ouverture de l’Assemblée Constituante. Une grave erreur…

J’ai poursuivi mon petit tour quand soudain, je suis tombée sur cette photo :

J’ai marqué un long temps d’arrêt, à fixer cette petite fille… Je n’avais bizarrement pas de peine mais j’étais littéralement transpercée par un très fort sentiment de honte. J’avais honte d’être assise derrière mon écran, bien au chaud, à réfléchir deux secondes avant si j’allais faire sauter mes pommes de terre au beurre ou si j’allais plutôt pencher pour de la purée. J’avais honte.

J’ai pensé un moment que c’était la vie et que la vie c’était de la merde. Je me suis rappelée cette magnifique scène de « Léon », où Mathilde abattue demande à Léon : « La vie c’est comme ça tout le temps ? Ou c’est seulement quand on est petit ? » et Léon qui lui répond : « C’est comme ça tout le temps. ».

J’ai passé encore un long moment à observer cette photo puis je l’ai partagée sur mon profil. J’ai vite vu qu’elle interpelait beaucoup de monde mais aussi que je n’étais pas la seule à avoir honte. Alors j’ai pensé : Et si la vie n’était pas comme ça tout le temps ? Si nous étions nombreux à ressentir cette même honte ? Si cette honte se transformait subitement en un moteur productif capable de changer les choses ? Si notre Révolution parvenait enfin à éveiller en nous ce côté humain qui s’indigne pour ce qu’il a et que les autres, injustement, n’ont pas. Si un mouvement intellectuel, économique, culturel et social, solidaire et structuré pouvait naître de cette Révolution, au-delà des idéologies, au-delà des croyances, un mouvement désintéressé pour que nous n’ayons plus jamais honte.

Ce n’est peut-être qu’un rêve mais ce rêve a fait disparaître mon blues. Le vide que je ressentais depuis hier n’y était plus et j’ai su quel chemin je voulais prendre après la naissance de cette Assemblée Constituante. J’ignore encore quelle forme aura le chemin ni quel itinéraire je devrai suivre mais je sais que je ne veux plus jamais ressentir cette honte qui m’a envahie.

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