Tunisie : De la polémique autour des mères célibataires

Après les polémiques autour de la laïcité, la liberté d’expression, la francophonie, voici aujourd’hui la polémique autour des mères célibataires, bientôt peut-être une polémique autour de la peine de mort…

Je n’aime souvent pas alimenter certaines polémiques, non pas par manque de neutralité ou par mauvaise foi comme le soutiennent certains, mais plutôt par manque d’informations ou par ignorance de certains sujets.

J’ai décidé tout de même ce soir d’écrire ce billet au sujet des mères célibataires, parce que le sujet me touche de très près pour des raisons personnelles que je n’exposerai pas ici.

J’ai suivi depuis ce matin avec beaucoup d’intérêt mais aussi avec beaucoup de perplexité la polémique qu’a engendrée l’intervention, très peu brillante à mon sens, de Mme Souad Abderrahim, membre du parti Nahdha sur Monte Carlo Doualiya. Une polémique qui, comme d’habitude depuis quelques mois, traite de tout sauf des définitions.

Ce billet est un appel à la réflexion, ce n’est qu’un ensemble d’interrogations et ceux qui y chercheront une prise de position ou une réponse, seront vite déçus car il n’en contient pas.

Définitions utiles :

Revenons d’abord à la notion de mère célibataire. Qu’est ce qu’une mère célibataire ?

Dans l’usage courant, une mère célibataire est une mère qui élève seule son/ses enfant(s). Il s’agit donc ici d’une forme de famille monoparentale.

Une famille monoparentale est une famille formée d’un seul adulte (mère ou père) et d’un ou plusieurs enfants.

Une famille monoparentale n’est pas une famille éclatée comme pourraient le suggérer certains abus de langage. Une famille éclatée est le fruit d’un divorce. Une famille monoparentale par contre est le résultat du décès de l’un des conjoints (l’autre conjoint est donc veuf/veuve), d’une grossesse hors mariage ou encore de l’adoption d’un enfant par un seul adulte.

En démographie, une mère célibataire est une femme élevant seule son/ses enfant(s) et qui n’a jamais été mariée.

Première interrogation : Autour de quelles mères célibataires tourne la polémique ?

A mon sens, si la polémique tourne plutôt autour de la monoparentalité, la placer dans le cadre de l’égalité homme/femme me semble un faux raisonnement étant donné que la monoparentalité touche par définition aussi bien les femmes que les hommes. Elles touchent les adultes indépendamment de leurs sexes.

Si la polémique ne tourne pas autour de la monoparentalité, quel est alors le cœur alors de cette polémique ?

Revenons aux définitions.

Une mère célibataire élève seule son enfant : pourquoi et dans quel cadre ?

1 – Dans le cadre d’un mariage : le père de l’enfant, en d’autres termes le mari, est décédé. La mère est veuve. Ce premier cas de figure ne semble poser problème ni en Tunisie ni ailleurs car l’enfant est issu d’une union « sociétalement » légitime.

2 – Hors cadre du mariage : Et ici, plusieurs cas de figure se présentent :

a – La mère est une femme qui a été violée et connait son agresseur.

b – La mère est une femme qui a été violée et ne connait pas son agresseur.

Dans les deux cas, la femme violée qui est tombée enceinte peut se retrouver dans l’une des situations suivantes :

ab1 – Elle s’est rendue compte « à temps » de sa grossesse et a décidé d’avorter.

ab2 – Elle s’est rendue compte « à temps » de sa grossesse et a décidé de garder son enfant.

ab3 – Elle s’est rendue compte « après délai » de sa grossesse et n’a d’autre choix que celui de garder l’enfant. (L’enfant même s’il n’est pas voulu est né. S’il est né de la situation « a » son père est connu, s’il est né de la situation « b » son père n’est pas connu.)

c – La mère est célibataire par choix. Dans ce cas de figure, il existe deux possibilités (au moins).

C1 – Le choix est réactif. Ce qui veut dire que la femme a eu des rapports sexuels consentis suite auxquels elle est tombée accidentellement enceinte, donc sans le vouloir. Dans ce cas, elle réfléchit « après coup » et décide de garder l’enfant.

En poussant le raisonnement plus loin :

C11 – Le père est au courant et veut de l’enfant : ainsi la conception de l’enfant est accidentelle mais sa naissance voulue par les deux parents. Son père est connu.

C12 – Le père est au courant et ne veut pas de l’enfant : ainsi la conception de l’enfant est accidentelle mais sa naissance voulue sauf qu’elle n’est voulue que par la mère. Son père est connu.

C13 – Le père n’est pas au courant : ainsi la conception de l’enfant est accidentelle mais sa naissance voulue uniquement par la mère, son père n’étant même pas au courant. Son père peut-être connu mais aussi inconnu si la mère a eu plusieurs partenaires sexuels sur une période de temps restreinte et qu’elle ignore elle-même l’identité du géniteur.

C2 – Le choix est proactif. Ce qui veut dire que la femme a eu des rapports sexuels consentis, hors mariage rappelons-le, dans le but délibéré d’avoir un enfant et de l’élever seule. Dans ce cas, il existe encore plusieurs situations :

C21 – Le père biologique sait à l’avance que sa partenaire veut un enfant de lui mais qu’elle veut l’élever seule. Le père ne joue que le rôle de géniteur. La conception de l’enfant et sa naissance sont donc voulues par la mère et acceptée par le père. Le père biologique dans la plupart des cas a accepté de rendre service à la mère sans pour autant prétendre au rôle ou aux droits de père. Il pourra se rétracter plus tard, changer d’avis et imposer de jouir de ses droits.

C22 – Le père biologique n’est pas au courant. On dit dans le langage familier que la mère lui a fait un enfant dans le dos. Elle veut un enfant qu’elle élèvera seule. La conception de l’enfant et sa naissance sont donc voulues uniquement par la mère qui taira ou divulguera l’identité du père. Le père est tout de même connu par la mère.

Arrêtons-nous un instant et contemplons ce qui précède…

Une multitude de situations et de cas de figure.

Et là je me demande – et vous vous demandez aussi certainement – :

Quel cas de figure est concerné par la polémique ?

La polémique tourne-t-elle autour d’une « liberté individuelle » : celle de vouloir délibérément un enfant hors mariage ?

La polémique tourne-t-elle autour des rapports sexuels hors mariage ?

La polémique tourne-t-elle autour du viol et de ses conséquences ?

La polémique tourne-t-elle autour de l’adoption ?

Ou alors la polémique tourne-t-elle autour de l’enfant qui dans tous les cas de figure n’a pas choisi le cadre de sa naissance. L’enfant sera voulu ou non voulu, connaîtra son père ou ne le connaîtra pas, souffrira certainement d’un déséquilibre psychique entraîné par son appartenance à une famille monoparentale car non conventionnelle, mais cet enfant sera là, son existence est un fait et il n’y est pour rien.

Comme pour toute polémique récente en Tunisie, beaucoup ne prennent pas le temps de définir le cœur même de la polémique et s’engagent tête baissée à défendre un clan contre l’autre – Parce que ces polémiques entraînent toujours division – sans réfléchir au coeur du sujet défendu par chaque clan…

Pour ma part, je ne peux prendre position du moment que le cœur de la polémique n’est pas publiquement défini.

J’ai par contre deux opinions, d’abord celle de ne pas percevoir le lien entre cette polémique (peu importe son coeur) et la question d’égalité homme/femme puis celle de reconnaître que Dieu (ou la nature pour ceux qui ne croient pas en Dieu) a conçu les hommes et les femmes différemment. Je ne parlerai pas d’inégalité mais de différence. Quand deux personnes s’accouplent, seule la femme peut tomber enceinte. La femme garde donc une « trace » physique de cet accouplement et elle seule peut enfanter. C’est comme cela que l’on a été conçus et je me demande si un jour la quête d’égalité homme/femme ne nous conduira pas jusqu’à remettre en question la nature même des choses et l’essence de la création…

Et permettez-moi un conseil (à prendre ou à laisser) : Il y a toujours dans votre entourage, restreint ou large, une personne directement concernée par toute polémique et pas forcément dans le sens que vous croyez, alors avant de vous laisser entraîner par le tourbillon, essayez d’avoir de l’empathie… de l’empathie et de la retenue…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s