Ban Ki-Moon en visite officielle en Tunisie : Langue de bois quand tu nous tiens !

 

« … Vous qui en avez chanté le premier couplet dans les rues

Couplet qui a résonné dans le monde entier,

 Montrez-nous comment trouver la lumière dans l’obscurité. 

Montrez-nous comment cultiver le jasmin dans un cœur meurtri

 Montrez-nous comment faire fleurir nos cœurs pour notre patrie 

Et soigner les blessures avec des baisers »

 

Et la salle applaudit.

 

Flash Back.

 

17h55 : Les représentants de la société civile tunisienne font la queue à l’entrée d’une des salles de l’Hôtel Regency – Gammarth Tunis – afin d’assister à cette rencontre tant attendue avec le Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki-Moon. Le dispositif de sécurité mis en place n’est pas particulièrement différent de ce qu’il est dans de pareilles circonstances. Un dispositif semblable à un point de contrôle dans un aéroport. Tout se passe dans le respect le plus absolu des participants et journalistes tunisiens et étrangers, contrairement à ce qui c’était passé lors de la conférence de presse de la Secrétaire d’État américaine Hilary Clinton.

 

18h05 : J’entre dans la salle. J’aperçois des avocats, des médecins, des présidents d’associations que je connais. J’aperçois aussi des jeunes, certainement des étudiants. L’attente est palpable. Je m’installe. Sont assis derrière moi un groupe de jeunes très agités. Je tends l’oreille pour saisir la raison de cette agitation. Il s’avère qu’ils ont préparé quelques questions pertinentes et qu’ils essayent de désigner la personne qui posera la question la plus pointue. Il s’agit d’une question portant sur la Palestine.

 

18h26 : Le Secrétaire Général des Nations Unies fait son entrée. La salle applaudit et se lève. Certains jeunes du groupe en question restent assis et reprochent à leurs camarades de s’être levés. On leur répond : C’est juste une question de respect. Je me lève alors pour filmer l’entrée de Ban Ki-Moon.

 

18h28 : Une charmante dame tunisienne résume dans un court discours en langue arabe les buts de la visite de Ban Ki-Moon en Tunisie : « Une visite qui vise à définir ce que pourrait apporter l’Organisation des Nations Unies à la transition démocratique en Tunisie. ». L’accent est également mis sur le rôle de la jeunesse tunisienne dans cette révolution ainsi que sur son rôle dans l’instauration de la démocratie en Tunisie.

 

18h30 : Ban Ki-Moon prend la parole. Un « Massaou il khayr » par ci, un « Salam alikom » par là. Dans la salle on s’amuse, certains iront jusqu’à applaudir. Le Secrétaire Général des Nations Unies prononcera un petit discours en français (3 minutes) puis enchaînera avec un discours en langue anglaise. Il évoquera sa peine pour les pertes en vies humaines et mettra l’accent sur l’obligation de respecter la liberté d’expression et d’association. Il parlera de combat physique, de combat moral, de liberté, de dignité et de justice sociale. Il parlera de la chance qui lui a été offerte de visiter la Kasbah. Il dira combien il a tenu à venir en Tunisie. Il parlera de changement, de souveraineté du peuple. Il évoquera aussi ce « young man », nommé Mohamed Bouazizi, mort dans le désespoir par soif de dignité humaine. Il évoquera tous les sujets évoqués par tous les diplomates qui ont défilé en Tunisie depuis le 14 janvier 2011.

 

18h45 : Le Secrétaire Général des Nations Unies reprend la langue de Molière et finit son discours par une réplique très poétique :

« … Vous qui en avez chanté le premier couplet dans les rues,

Couplet qui a résonné dans le monde entier,

Montrez-nous comment trouver la lumière dans l’obscurité.

Montrez-nous comment cultiver le jasmin dans un cœur meurtri

Montrez-nous comment faire fleurir nos cœurs pour notre patrie

Et soigner les blessures avec des baisers »

 

18h47 : Place aux questions. La charmante dame annonce qu’elle ne pourra prendre qu’un bloc de 5 questions auxquelles Ban Ki-Moon répondra, puis, si le temps le permet, prendra un autre bloc. La première question est posée par une jeune étudiante en lettres. A mille et un lieux de la transition démocratique. A mille et un lieux des promesses et des discours diplomatiques. La question, posée dans un arabe parfait et dans un ton très respectueux et très digne, porte sur l’influence des « super puissances » sur les décisions et les résolutions de l’ONU, sur le dossier de la Palestine, sur l’intervention en Libye. La jeune femme est applaudie par toute la salle. Applaudie même par des représentants de l’ONU. Un soulagement chez le groupe de jeunes assis derrière moi.

D’autres questions suivront, dont une qui fera ricaner l’assistance portant sur les sources de financement occultes de certains partis islamistes en action. Une autre étudiante, dans une dernière intervention très brève, demandera les raisons de la lenteur des réactions des Nations Unies (Peut-être par opposition à la rapidité de réaction pour la Libye)

 

18h55 : Ban Ki-moon répond aux questions. A vrai dire, il ne répondra à aucune. Il reprendra son discours autrement. Il ajoutera qu’il a du mal à saisir les raisons de « l’hostilité » des Tunisiens quant au rôle de l’ONU, jugera cette perception comme une « War Perception » et conseillera de rester optimiste. Il affirmera que tous les pays, même les plus petits, sont égaux à l’Organisation des Nations Unies. Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies aurait-il si vite oublié que nous avons assisté le 19 février 2011 au premier veto de l’administration Obama au projet de résolution arabe condamnant la politique Israélienne de colonisation dans les territoires palestiniens ?

C’était l’une des questions que j’avais préparées et que je pensais pouvoir poser. Mais à un quota de cinq questions pour l’ensemble de la société civile tunisienne, il fallait avoir beaucoup de chance… Je n’en ai pas eue.

Les jeunes présents dans la salle, eux par contre, semblaient ne pas avoir si vite oublié le veto d’Obama. Et quand Ban Ki-Moon a fini de « répondre aux questions », ils se sont écriés : « Palestine, Palestine ! ». Le Secrétaire Général, qui ne les a pas ignorés, n’a eu aucun mal à réciter le discours officiel.

 

19h12 : La séance est levée. Monsieur Ban Ki-Moon a d’autres obligations. Il ne pourra pas répondre à davantage de questions. Les représentants de la société civile tunisienne, ou du moins ceux assis derrière moi, sont indignés. Ils avaient passé des heures à préparer des questions qu’ils ne poseront jamais. Des questions qui resteront à tout jamais sans réponses.

 

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