Récit d’un moment historique à la place de la Kasbah – Jeudi 27 Janvier 2011

 

Ce soir, je me suis dirigée à la place de la Kasbah aux alentours de 20h00. J’étais partie avec ma Grande amie photographe Sophia Baraket suite à l’appel d’un autre Grand ami, le Dr Sami Ben Sassi. Je reviendrai au motif de l’appel de Sami dans une prochaine note.

C’était la première fois que je me rendais à la Kasbah depuis le début de la manifestation. J’avais suivi la marche de la liberté depuis son début à travers des contacts sur place mais je ne m’étais encore jamais rendue sur place.

Il y avait de tout à la Kasbah ce soir… Il y avait des regards fatigués, des regards tristes, des regards durs… Je me suis directement assise aux pieds des grévistes de la faim. Nous avons discuté pendant environ une demi heure. Ils étaient d’une douceur, d’une chaleur, d’une profondeur… Je ne les oublierai jamais… J’y reviendrai aussi dans une prochaine note.

J’ai ensuite rejoint Sophia sous une tente. Elle assistait à un débat politique. Des hommes assis en cercle donnaient leurs avis sur les questions actuelles. Ils étaient venus de Rdayef, de Gafsa. Leurs regards à eux étaient beaucoup plus durs. J’ai eu un peu de mal à imposer ma présence au début. Je sentais la méfiance de certains. Puis j’ai commencé à leur poser des questions par rapport à ce qui s’était passé chez eux avant le 14 janvier. On commençait à discuter… Et là subitement on entend des cris à l’extérieur. Le remaniement ministériel ! Et tous demandaient : Ghanouchi ? Ghanouchi ? Est-il encore là ? Et je leur ai dit : Ghanouchi n’est pas le problème, s’il ne reste que lui, on doit s’en réjouir !

J’ai appelé la radio. Tous m’entouraient dans un silence presque mystique. Et je leur transmettais les noms. Comme j’apprenais les noms en même temps qu’eux, je ne pouvais cacher ma joie, je ne pouvais garder mon calme. Et je pense que mon bonheur a été contagieux… Ils me disaient : tu connais tu connais ? Et je disais : Et comment si je connais ! C’est excellent !

Et là, une fois l’appel téléphonique fini, il a commencé à pleuvoir des Mabrouk. Et dans la joie, le premier m’a prise dans ses bras… Je ne l’oublierai jamais. Les autres ont suivi. Tout le monde m’embrassait. Même les plus timides, même les plus durs. J’ai quitté la tente et j’ai couru voir les grévistes. Je leur ai dit : Mabrouk ! Mabrouk ! Vous avez gagné ! Merci pour ce que vous venez de nous offrir ! Et là ils m’ont demandé innocemment : Donc, Ghanouchi qui reste, ce n’est pas grave n’est ce pas ? Et j’ai répondu : Même que c’est excellent !

Ils n’avaient pas la force de se lever. La grève de la faim les avait tellement affaiblis. Je me suis courbée pour les embrasser… Et là l’un d’eux me demande : Alors on peut manger ? Et j’ai répondu : Bien sur que vous pouvez ! Et tout de suite, un jeune homme sorti de nulle part est apparu avec des sandwichs. Des sandwichs au thon plus précisément. Et ils me disent : Mords ! Qu’on partage ce festin ensemble !

Je pense que je ne gouterai jamais plus délicieux sandwich…

Puis un petit jeune, qui avait environ 16 ans est arrivé. Il a crié : Non, nous ne rentrerons pas, Ghanouchi doit dégager ! Et je lui demande : Viens là toi ! Tu sais qui c’est Ghanouchi déjà ? Et il me dit : Bien sur que je sais, c’est le ministre de l’économie ! Et tout le monde rigole…

Les ainés m’ont regardée, ils m’ont dit que je pouvais rentrer, qu’ils s’occupaient d’expliquer aux plus jeunes ce qu’il fallait savoir.

Je suis rentrée avec Sophia. Nous étions Heureuses…

Je n’oublierai jamais ce 27 janvier 2011.

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