Tunisie : Un journaliste massacré par un Salafiste


 

Je m’amuse à imaginer la tête de ceux qui ont aperçu le titre. Je m’amuse à imaginer leur peur. Je m’amuse à imaginer les flots d’insultes et d’agressions auxquelles j’aurai droit une fois cet article en ligne.

Je m’amuse à imaginer le nombre d’internautes qui partageront cet article sans en lire le contenu. Ils le partageront juste parce que le titre est racoleur. Parce que le titre comporte les deux mots magiques qui font vendre, qui font buzzer, qui intéressent, qui interpellent.

Je m’amuse à imaginer la réaction des partis politiques et de la société civile. Les communiqués, la mobilisation, les contacts avec la communauté internationale, les émissions spéciales, les plateaux télé. Avec un peu de chance, nous n’aurons même pas à attendre 48 heures pour voir les foules jacasser dans les rues, à manifester leur indignation…

A force de pousser l’imagination, le petit jeu ne m’amuse plus. Bien au contraire, je m’indigne.

Le titre est racoleur oui, certains auraient espéré que l’article le soit encore davantage mais il n’en sera rien. J’ai triché, encore une fois. J’ai triché pour tenter d’attirer l’attention de ces « chevaliers de la lumière », ces farouches « défenseurs des droits de l’Homme », ces « légionnaires de la liberté, de la transparence, de la vérité » qui ne bougent que lorsque une barbe occupe la scène. Qu’elle soit réelle ou artificielle, peu importe. L’essentiel est qu’elle fasse partie du décor.

Oui mais voilà, Ramzi Bettaieb, allias Winston Smith, journaliste à Nawaat et ancien prisonnier politique sous Ben Ali, ne portait malheureusement pas la barbe quand la justice militaire lui a confisqué ses caméras pendant qu’il filmait LE procès de la révolution.

Le militaire qui lui a confisqué ses caméras lui non plus ne portait malheureusement pas la barbe lorsqu’il l’a privé de ses outils de travail et qu’il nous a privé, nous Tunisiens, de notre droit à l’information.

Ramzi Bettaieb, en grève de la faim, sauvage et ouverte, depuis le 28 mai 2012 ne s’est malheureusement pas recueilli dans une mosquée. Ceux qui ont choisi de l’accompagner dans ce combat héroïque, à savoir Houssem Hajlaoui, lui aussi journaliste à Nawaat, et Yassine Ayari, activiste et bloggueur, ne portent pas non plus de barbes… fort malheureusement…

Cependant, les trois grévistes de la faim portent un fardeau beaucoup plus lourd qu’une barbe… Ils portent l’indignation de centaines de familles de martyrs et de blessés de la Révolution qui désespèrent d’une justice militaire qui ne semble pas à même de leur rendre justice. Une justice militaire qui fait dans la détention de l’information empêchant le peuple de comprendre ce qui s’est réellement passé en ces mois sanglants de 2011.

Ramzi Bettaieb et ceux qui le soutiennent ne font pas la grève de la faim pour deux caméras. Ils la font pour nous offrir à nous, peuple ingrat (?), cette vérité qu’on continue à nous cacher et qui nous est pourtant indispensable pour pouvoir construire notre avenir.

Parce que comprendre le passé est indispensable pour construire l’avenir.

Parce que plus de 300 martyrs sont tombés et que la lumière n’a toujours pas été faite sur les circonstances exactes de leur mort. Que les assassins courent toujours en toute impunité. Que le rapport de Bouderbala est de la poudre aux yeux. Que les médias s’en foutent. Que le Gouvernement s’en fout. Que l’Assemblée Constituante s’en fout. Que l’opposition s’en fout.

Pourquoi l’Armée Nationale, avec à sa tête Rchid Ammar, nous prive-t-elle de la vérité ?

Quelles forces l’empêchent de révéler au grand jour les coulisses du procès le plus important de cette révolution ? Si c’en est une…

Que cherche à nous cacher l’armée ? Et cela veut-il dire qu’elle soit impliquée dans les massacres de Thala et Kasserine ? Du moins, c’est ce que toute cette mascarade suggère…

Soutenez Ramzi Bettaieb car sa cause est la cause de tout un peuple !

Soutenez ceux qui sont prêts à sacrifier leur vie pour que VOUS sachiez la vérité !

Ou bien faudrait-il que eux aussi crèvent pour que l’opinion publique s’empare de la cause ?

 

 

Par Olfa Riahi

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32 thoughts on “Tunisie : Un journaliste massacré par un Salafiste

  1. شعب لا يعترف بالجميل …شعب عندو قابلية رهيبة و استعداد رهيب للطحين و للتملق و لعق سيقان الحكام … كيما قلت لو كانت المسألة تمس السلفية لتحركت النقابة و تحرك الزملاء الصحفيين و تحركت العامة و الطامة ..أما أن تمس حرية الوصول للمعلومة كحق في ذاته و أن تمس حياة زميل عرضها بارادته للخطر دفاعا عن حق هذا الشعب الناكر للجميل ضعيف الذاكرة في أن يعرف …حقه في أن يطلع على ما يجري داخل وطنه ….فإن النقابة وما يسمى بالمجتمع اللامدني كلها تغيب عن الفعل و عن رده …كلها تخشى مقارعة المؤسسة العسكرية و تخشى أن تذكر رشيد عمار ولو بالايحاء …مالفرق اذا بين زمن بن علي و الان إذا مازال الى اليوم أماكن نخشى الاقتراب منها و مواضيع لا نجرؤ على ذكرها أو الحديث عنها …بئس الوطن و بئس المواطنين …كان جا قلبي يعطيني راني مشيت وخليت اهل البلا في بلاه …اما قلبي ما يعطينيش ,,,الروح تموت و تفنى في تونس

  2. les bonnes manières manquent pour attirer l’attention et ensuite nous parler de crédibilité en faisant porter le chapeau pour des salafistes (de la pure propagande et de du manque de professionnalisme…)

      • Nonnnn la vie n’est pas si moche que ça…..C de nous cacher la face que la vie est moche. Mais si chacun d’entre nous était moins peureux nous pourrions dénoncer toutes les irrégularités et dénoncer tous les mensonges que les politique nous font croire……………!

      • Cher Mr Hamadi j’ai lu l’article de Mme Olfa Riahi, et j’ai lu le votre. Si j’ai bien tout compris, la fable « le chasseur poltron et le bûcheron », s’adresse aux dirigeants actuellement en place ou j’ai manqué un épisode. Il y a les courageux » Mme Olfa est courageuse, mais surtoput lucide » les poltrons « je ne citerai pas les noms, tous le monde les connais » les hardis » ben ppour le moment à par le peuple je n’en vois pas en haut lieu » et les lâches  » alors là il y en a beaucoup, mais ils ne critique pas tous. Mais dans certaines positions nous ne pouvons pas tout avoir. Chez nous on dit avoir l’argent du beurre du lait et avoir aussi la crémière. je crois que nous sommes un peu d’accord.

  3. pour ce qui est de la première partie de l’article, ce fut une bonne surprise pour moi que vous ayez triché! concernant le reste, c’est triste qu’on soit obligés de recourir à ce genre de « solution » espérons que ça aboutisse, que les tunisiens apprennent à se soucier et surtout à être reconnaissants!

  4. super, magnifique , j’étais entrain de réfléchir à un article de ce genre, mais vous avez très bien résumé la situation. Je vous en félicite, demain sera meilleur avec des gens comme Ramzi, Houssem, yassine et vous, bien évidemment! des gens bien éveillés, saisissant parfaitement ce qui se trame autour d’eux.

  5. je viens de faire un petit saut chez » nawaat », je pensais que l’article y était publié, mais non!??.. c’est maintenant qu’il faut l’ouvrir! demain ce sera peut être trop tard, lorsque les mauves feront leur retour avec la complicité de tous ceux que vous venez de citer ci-haut

  6. Très bon article,
    ma conviction est que le gouvernement a toute la volonté et l’honnêteté d’aboutir à un jugement équitable. Mais il lui manque le courage, il est trop affaibli par des prédateurs qui, à chaque fois, scandent des absurdités sous des prétextes de liberté de la justice, d’indépendance de l’administration, comme si la corruption n’a envahi aucun de ces secteurs et que ces gens qui ont tant profité de cette corruption veulent s’en débarrasser du jour au lendemain de leur propre chef.
    A mon avis, il faut donner un dernier délai à ce gouvernement pour montrer des signes de courage, au delà du quel un changement s’imposera.
    Mais malheureusement je ne vois pas de gens ayant plus de volonté de ramener une vraie justice que les membres (peut être certains seulement) du gouvernement actuel , si ce n’est les salafistes eux-même.

  7. J’allais t’envoyer un plat garni d’insulte quand j’ai lu le titre, mais comme tu l’as dit « il y en a qui le font sans lire le contenu », mais quand même dans l’autre sens il plait pas aussi aux autres … alors chapeau bas ma sœur, tu l’as bien décrit « quand une barbe occupe la scène, le monde bouge » , donc voilà mes frères gare aux pièges !

  8. Chère blogueuse, vous semblez avoir opté d’arborer fièrement, ici, le pavillon de la bonne vieille fable d’Ésope, en tant qu’une accroche forte pour gagner de l’impact. Quel dommage qu’une telle fable ne vienne illustrer vos propos mais plutôt, les sanctionner d’avoir, comme le petit berger, crié au loup faussement, s’amusant à ameuter les villageois. Vous allez devoir ne pouvoir le faire quand il apparaîtra pour de vrai. Je sais bien que vous ne vous amusiez pas à effaroucher les blasés pour le plaisir mais il n’en demeure pas moins que vous usurpez la vérité pour une vérité qui pouvait se dispenser d’une méthode usée jusqu’à la corde, voire, facile. Le « shocking way » est moins porteur qu’on ne le croit. S’il arrache une réaction instantanée sur le moment, il pousse « violemment » les gens à l’éviter dans l’avenir en en banalisant l’effet. Selon le concept de l’habitus développé par Norbert Elias dans son traité des conditions de changement de la sensibilité sociale.
    Sur ce, je vous souhaite bien du courage, celui des valeureux afin de vous distinguer du commun sans avoir à user de moyens. Voici, à l’occasion, une autre fable d’Ésope qui s’appliquerait aux « chevaliers »…de la plume, bien en retrait…de tout !

    LE CHASSEUR POLTRON ET LE BÛCHERON

    Un chasseur cherchait la piste d’un lion. Il demanda à un bûcheron s’il avait vu des pas de lion et où gîtait la bête, « Je vais, répondit le bûcheron, te montrer le lion lui-même, » Le chasseur devint blême de peur, et, claquant des dents, il dit : « C’est la piste seulement que je cherche, et non le lion lui-même. »
    Cette fable apprend à reconnaître les gens hardis et lâches, j’entends hardis en paroles et lâches en actions.
    Page:Ésope – Fables – Émile Chambry.djvu/137Page:Ésope – Fables – Émile Chambry.djvu/139.

  9. Ping : La Presse | Pearltrees

  10. Ping : Du 21 mars 2012 à aujourd'hui | Pearltrees

  11. cet article est très intéressant et j’ai vraiment aimé, mais pour ceux qui n’auraient retenu que la première partie  » racoleuse  » du titre et qui y voient une critique envers les tunisiens qui craignent les barbus (passpartout si tu me lis) je tiens à souligner que l’article nous pousse à penser plus aux martyrs de la « révolution » mais qu’il ne cautionne pas pour autant les actes des salafistes.. et arrêtez de nous bassiner avec les théories du complot comme quoi des barbus déguisés en vrais barbus mais qui sont en réalité des barbus de gauche sont les vrais coupables des actes de violence que voit le pays.. on n’est pas à hollywood là !!

  12. Bonjour,

    De tels « détournements » chers aux situ ne peuvent que donner du tonus à notre « révolution » (je n’arrive pas à enlever les guillemets. Je le ferais le jour où il y aurait des « banalités de base » bien de chez-nous…) Bravo Olfa Riahi.

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