Ces appels passés entre Ali Seriati et Marouane Mabrouk la semaine de la chute de Ben Ali

Rapport de la Commission d’investigation de Bouderbala :

« Toutes ces choses qui n’ont pas été dites » – Partie 2

Vendredi 4 mai, la Commission d’investigation sur les dépassements et les violations, présidée par Taoufik Bouderbala, remettait son rapport final quant aux évènements ayant soulevé la Tunisie à partir du 17 décembre 2010 et jusqu’au 23 octobre 2011, date des élections de l’Assemblée Nationale Constituante.

Dans la première partie de mon analyse du rapport de la Commission, j’exposais comment le rapport avait tu les révélations de Ali Seriati concernant les informations de préparation de putsh qui lui avaient été transmises le 13 janvier 2011 par Marouane Mabrouk, gendre du président déchu, suite à son retour de France.

Interrogé par les enquêteurs quelques mois après la chute de Ben Ali, Marouane Mabrouk avait nié ce fait, tout comme l’avait nié au journal Le Monde Bernard Squarcini, directeur central du renseignement intérieur en France :

Contacté par Le Monde, M. Squarcini, directeur central du renseignement intérieur en France, a démenti ces affirmations

Questionné sur la nature de ses rapports avec l’ancien chef de la garde présidentielle Ali Seriati, Marouane Mabrouk affirmera qu’il avait bel et bien contacté ce dernier afin de se renseigner sur la situation sécuritaire du pays et d’être rassuré par rapport à la situation de sa famille et des familles de ses frères, mentionnant qu’il n’a pas l’habitude de contacter Ali Seriati.

Pourtant, pour quelqu’un qui dit n’avoir presque pas de rapports avec l’ex chef de la garde présidentielle, la fréquence des appels téléphoniques que Marouane Mabrouk a échangés avec ce dernierles 12, 13 et 14 janvier 2011 interroge. En effet, le relevé de ses appels révélera les détails suivants :

Appels échangés entre MM et Seriati le 12 janvier 2011 :

12:47   Durée 224 secondes

13:49   Durée 59 secondes

17:28   Durée 102 secondes

20:39  Durée 57 secondes

Appels échangés entre MM et Seriati le 13 janvier 2011 :

13:15   Durée 82 secondes

14:20   Durée 92 secondes

15:38   Durée 27 secondes

18:50  Durée 12 secondes

18:53  Durée 5 secondes

18:54  Durée 40 secondes

20:17  Durée 106 secondes

Appels échanges entre MM et Seriati le 14 janvier 2011 :

13:35  Durée 2 secondes

14:08  Durée 51 secondes

14:56  Durée non mentionnée

15:51  Durée 5 secondes

18:04  Durée 40 secondes

18:13  Durée 172 secondes

19:21  Durée 24 secondes

Les derniers appels interpellent également et pour cause : à 17h47, le 14 janvier 2011, l’avion Oscar-Oscar décolle avec, à son bord, Ben Ali, Leila Ben Ali, leur fils Mohamed, leur fille Halima et son fiancé Mehdi Ben Gaied. Ali Seriati était bel et bien au courant de leur départ puisqu’il était avec eux au pied de l’avion. 3 coups de fil ont été échangés entre Marouane Mabrouk et Ali Seriati après le décollage, dont un (18:04) seulement 17 minutes après le décollage, ce qui suggère que le genre du président déchu ne pouvait pas ignorer le départ de sa belle famille.

Pourtant, interrogé par les enquêteurs, Marouane Mabrouk avancera qu’il a appris la nouvelle du départ de Ben Ali comme tous les Tunisiens à travers les médias. Il avancera la même chose concernant la nouvelle de l’arrestation d’Ali Seriati :

Et deux questions se posent à ce niveau :

1- Comment se peut-il que Ali Seriati n’ait pas informé Marouane Mabrouk du départ de Ben Ali alors qu’ils se sont eus au téléphone à 3 reprises (18:04, 18:13 et 19:21) après ce départ ?

2- Comment se peut-il que Marouane Mabrouk ait appris l’arrestation de Ali Seriati à travers les médias qui, rappelons-le, n’ont annoncé cette arrestation que plusieurs jours plus tard, Ali Seriati ayant été décrit comme un "Keyser Söze" en caval, chef d’orchestre d’une éventuelle milice. Les premières informations publiques annonçaient, à tort, son arrestation aux frontières libyennes deux jours après son arrestation réelle à la base de l’Aouina :

"La frontière commune entre la Libye et la Tunisie est une ligne de passage potentiel d’armes et d’argent, qui pourraient être remis à ces bandes armées. C’est d’ailleurs le long de cette frontière qu’a été arrêté ce week-end le général Ali Sériati, patron de la nébuleuse sécuritaire de Ben Ali, qui comptait plus de 100.000 hommes."

[Nolwenn Weiler pour Basta!]

Ali Seriati avait été arrêté à la base de l’Aouina, le 14 janvier 2011, aux alentours de 18h15 – son téléphone portable et son arme lui ayant été retirés – et Seriati fut remis à 19h00 au colonel major Mohamed Faouzi Aloui de la direction générale de sécurité militaire comme le déclare Taieb Laajimi, chef d’état major de l’armée de l’air :

Une question se pose alors : Comment Marouane Mabrouk aurait-il pu échanger l’appel de 19:21 avec Seriati si le téléphone portable de ce dernier lui a avait été confisqué. La réponse résiderait dans les déclarations de Seriati qui souligne qu’il disposait de deux téléphones, le deuxième ne lui ayant pas été confisqué au moment de son arrestation :

Beaucoup de questions restent encore aujourd’hui sans réponse et la commission de Bouderbala dans son récit des évènements du 14 janvier a "omis" de mentionner plusieurs détails. Ces détails, dont je dispose suite à une enquête qui a duré plus d’un an et que je pensais ne jamais avoir à révéler moi-même puisque naïvement confiante quant au travail de la commission d’investigation, feront l’objet d’autres articles encore…

Par Olfa Riahi

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2 thoughts on “Ces appels passés entre Ali Seriati et Marouane Mabrouk la semaine de la chute de Ben Ali

  1. La Tunisie est un pays gouverné par des singes, et tout ce qui peut sortir de leurs bouche sert a endormir le cerveau des gens. Etant tunisien d’europe je ne sait meme pas ce qui sait passé ce jours la. A l’epoque des fait je savait que ont cachait la verité, ceux la meme qui etait au pouvoir ont surement esayé de prendre le pouvoir a la place de Ben ali pendant ca fuite. Ont a trouvé un pigeon c’est Ali Seriati, mais d’autre sont aussi impliqué que ce babouin, mais la ont dit rien curieusement

  2. Chère Olfa ;

    Pour mieux comprendre ce dossier, il faudrait vérifier deux éléments, qui a négocier avec les Français pour obtenir une livraison de bombe lacrymogène, qui a ordonné à Tarhouni de se rendre à l’aéroport et quelle était sa réelle mission.

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