Les États-Unis garantiront les prêts tunisiens… Un soutien qui me rappelle Israël…

Pendant que l’opinion publique se fond et se morfond sur l’avenir de la télévision publique, que certains leaders du parti islamiste auraient projeté de privatiser, appuyés par une poignée de sitinneurs « indépendants » qui ont trouvé le moyen, pas très « catholique », de se faire entendre au bout de plus de 50 jours d’acharnement…

Pendant que le projet de la loi des finances complémentaire pour l’année 2012 somnole au fin fond de la toile depuis presque un mois, sauvagement éclipsé par les incidents du 9 avril qui a marqué la récidive injustifiée de la répression policière, projet de loi dont l’examen est prévu « inchallah » pour ce jeudi 26 avril…

Pendant que l’ancien premier ministre Béji Caied Essebsi continue à faire son show avec sa « nouvelle-ancienne » initiative, lui qu’une bonne partie des Tunisiens auraient bien aimé voir partir à la retraire et ne jamais voir revenir…

Le gouvernement tunisien et ses "alliés" ne semblent pas chômer.

On aurait bien aimé voir la nouvelle faire la UNE de la presse nationale, publique et privée, commentée et analysée. On aurait bien aimé voir la nouvelle portée au cœur des débats, au-delà de la simple reprise d’une dépêche Reuters. On aurait bien aimé mais il n’en sera rien.

Et pourtant, il s’agit d’une information de taille au lendemain d’une "révolution (?)".

La Presse titrera : « Tunisie-USA : Vers une garantie des prêts »

Webmanagercenter titrera : « La Tunisie et les Etats-Unis signent une déclaration d’intention pour une garantie d’emprunts »

Tunisienumérique titrera : « Déclaration d’intention pour une garantie américaine à la Tunisie »

Babnet titrera : « Déclaration d’intention pour une garantie américaine à la Tunisie »

Nul besoin d’aller chercher plus loin, la dépêche de Reuters, reprise par l’Agence Tunis Afrique Presse, fera le tour de la presse papier et électronique tunisienne, reprise mot à mot, point par point, virgule par virgule… La seule valeur ajoutée apportée résidera dans le titre…

On apprendra que :

"Le secrétaire au Trésor américain, Timothy Geithner,  et le ministre des Finances tunisien, Houcine Dimassi, ont signé hier (le 19 avril 2012) une déclaration d’intention qui permettrait à la Tunisie d’emprunter «dans les meilleurs délais» sur les marchés en bénéficiant de la garantie des Etats-Unis d’Amérique.

Le gouvernement américain va fournir cette garantie de prêt afin de permettre au gouvernement tunisien d’accéder à des financements importants sur les marchés à des taux préférentiels et avec des échéances abordables tout en bénéficiant du soutien d’une garantie américaine sur le principal et les intérêts (à hauteur de 100%).

La cérémonie a eu lieu au sein de la Banque mondiale suite à la réunion des ministres des Finances  qui a eu lieu sous la houlette du Partenariat de Deauville du G8 avec les pays arabes en transition.
“J’ai eu le plaisir de signer cette déclaration d’intention avec le ministre des Finances, M. Dimassi,” a déclaré le secrétaire Geithner. “En octobre dernier, le président Obama a mis l’accent sur l’engagement des Etats-Unis à soutenir la transformation historique de la Tunisie. Cette garantie de prêt est une excellente plateforme pour ce soutien, car elle est destinée à aider la Tunisie à accomplir des objectifs de développement vitaux et à faire avancer la transition économique.”
Ce soutien consiste d’une garantie américaine sur les dettes encourues par le gouvernement tunisien (ou bien des crédits bancaires au gouvernement tunisien). Cette garantie va permettre de réduire d’une manière considérable les coûts d’emprunts du gouvernement tunisien au moment où l’accès au marché est devenu plus cher pour plusieurs pays dont les marchés sont émergents. Durant les semaines à venir, les deux gouvernements envisagent de faire des progrès sur une garantie de prêt qui permettrait à la Tunisie de faire face aux problèmes de dettes.

La garantie de prêts pour les bleus

Une garantie de prêt a pour objectif de protéger le créancier (ceux qui prêteront de l’argent à la Tunisie dans notre cas) contre le risque de non-remboursement (par la Tunisie étant donné sa situation économique actuelle et son degré de solvabilité).

En d’autres termes, les États-Unis se porteront garants du remboursement des créances que contractera la Tunisie sur les marchés financiers internationaux.

A quoi sert une telle garantie ? Elle sert à rassurer les créanciers (qui n’auront plus peur de nous prêter de l’argent) mais aussi, elle permettra à la Tunisie d’emprunter de l’argent à un taux beaucoup plus bas que ce que lui permet sa note ou notation souveraine.

La notation souveraine pour les bleus

Un État fonctionne un peu comme un chef de famille qui, pour subvenir aux besoins des siens (le peuple dans le cas d’un État), doit emprunter de l’argent auprès des banques. La banque qu’il ira voir lui prêtera la somme qu’il rendra à l’échéance en y rajoutant une autre somme appelée « intérêt ». Cet intérêt dépendra de la durée de remboursement de la dette mais aussi du degré de solvabilité du chef de famille. C’est ainsi que les chefs de famille les plus riches bénéficieront (paradoxalement) des taux d’intérêt les moins élevés. Car plus on est riche et moins il y a des risques pour qu’on ne rembourse pas (du moins c’est comme que c’est sensé marcher). En outre, les chefs de famille qui ont l’habitude de contracter des dettes, et qui ont montré une discipline exemplaire lors du remboursement de ces dernières, bénéficieront de taux d’intérêt moins élevés.

Pour les États, c’est un peu pareil, et pour mesurer le degré de solvabilité d’un État, des agences de notation que l’on considérera comme « indépendantes » attribueront une note à chaque État. Cette note définira le taux d’intérêt qui s’appliquera à la dette souveraine (c’est comme ça qu’on appelle un crédit contracté par un État). Plus cette note sera élevée (bonne), moins le taux d’intérêt sera élevé.

Ainsi, la Tunisie dont la note est BBB- (solvabilité/qualité moyenne inférieure) pourra profiter de la note de son garant (les USA) qui est AA+ (première qualité/plus haut degré de solvabilité) en empruntant sur les marchés internationaux (les banques pour les États).

Quel intérêt pour les Etats-Unis ? Encore pour les bleus…

Pour faire encore dans la métaphore, supposons que vous êtes riches et bon client d’une banque qui vous prête sans problème et que vous remboursez dans les temps. Supposons que vous connaissez quelqu’un, pas riche du tout, qui galère un peu beaucoup et qui a besoin d’argent. Il va voir votre banque pour lui demander de l’argent mais étant donné sa situation, la banque refuse de prendre le risque de lui prêter ou alors lui propose un taux d’intérêt beaucoup trop élevé. Cette personne vient alors vous voir et vous demande de vous porter garant de la dette qu’elle compte contracter. Garant solidaire dans ce cas, ce qui veut dire que si cette personne ne payait pas, si elle se déclarait insolvable, c’est bien vous que la banque viendra voir pour vous demander de rembourser cette dette.

Supposons que vous acceptez de vous porter garant. Pourquoi accepteriez-vous ?

1- Vous êtes Mère Teresa (Il n’existe pas de Mère Teresa à l’échelle des États)

2- Vous avez des intérêts avec cette personne et acceptez de vous porter garant à certaines conditions.

Nous pencherons donc plutôt pour la deuxième proposition : Les États-Unis ont des intérêts avec la Tunisie. Mais quelles sont donc ces intérêts ? C’est une question à laquelle je ne pourrais répondre étant donné que je n’ai pas été présente lors des négociations de cette entente et que notre presse "libre et indépendante" n’a pas eu la présence d’esprit d’apporter plus de précisions sur cette question (trop occupée à clamer sa liberté et son indépendance).

Par contre, M. Houcine Dimassi, ministre des finances, et M. Mustapha Kamel Nabli, gouverneur de la Banque Centrale de Tunis, pourraient quant à eux nous répondre, car c’est bien eux qui se sont déplacés à Washington la semaine dernière pour négocier avec le Secrétaire au Trésor américain. (Intervention sur Mosaïque FM)

En attendant, il y a bien une question à laquelle je répondrais volontiers, à savoir : Pourquoi avoir choisi ce titre pour mon billet ?

Tout simplement parce que les États-Unis ne garantissent pas les prêts à tout va. Rappelez-vous qu’il n’y a pas de Mère Teresa au niveau des États. Et si vous voulez connaître le petit protégé de l’Oncle Sam en matière de garantie de prêt, et bien… Ce n’est autre que "Petit" Israël.

A vrai dire, la lecture de la dépêche de Reuters, il y a quelques jours, m’a étrangement rappelé un article que j’avais lu il y a quelque temps dans la presse internationale. L’article de l’Express s’intitulait « La colonisation sans effet sur l’aide des Etats-Unis à Israël »  et on pouvait y lire :

 « A l’issue d’une rencontre du Groupe de développement économique mixte américano-israélien à Jérusalem, le ministère a indiqué que le total des garanties de prêts accordées par Washington à Tel-Aviv s’élevait à 3,481 milliards de dollars au 1er octobre. Une tranche de 333 millions de dollars de garanties supplémentaires au titre de l’exercice budgétaire américain 2010, a ainsi été allouée.

Ces garanties permettent à Israël d’emprunter sur les marchés à taux préférentiels en bénéficiant de la garantie de remboursement de l’Etat américain. »  

Je ne vous cacherai pas que l’analogie m’ait "un peu" dérangée…

Les bonds du Trésor émis par la Tunisie auraient-ils quelque chose à voir avec cette garantie ?

Une autre information d’importance cruciale est passée sous silence dernièrement. Effleurée par la presse nationale mais peu ou pas commentée, il s’agit de l’émission par la Tunisie de bons du trésor :

  • d’un montant de 650 millions de dollars en obligations sur le marché international

  • d’un montant de 500 millions de dollars au Qatar

Cette information lâchée encore une fois par Reuters (ici) au mois de mars mentionnait que les États-Unis avaient déjà accepté de soutenir l’émission d’obligations de la Tunisie sans pour autant fixer de date. L’Agence de Presse ira plus loin en faisant – elle aussi – le parallèle avec la garantie de prêt  de l’État Hébreux :

"The United States has guaranteed loans to Middle East countries before. In 2002, it gave Israel a package of guarantees to help the economy cope with a recession caused by a global downturn and a wave of violence.

Israel has not issued bonds using U.S. loan guarantees in several years since its credit ratings have since improved and it can tap global markets using its own credit worthiness.

The U.S. guarantees to Israel came with a number of conditions, such as meeting fiscal targets. But Soltani said the Tunisian loans came with no such strings."


Les bleus pourront fournir l’effort de se renseigner sur l’invention appelée « bons du Trésor » ou devront attendre un prochain billet…

Dans un monde bouleversé par la crise de la dette souveraine, un monde chamboulé par les soulèvements arabes mais aussi par des soulèvements occidentaux qu’on étouffe, un monde où des peuples se font écraser par l’austérité qui s’impose, un monde où l’on tait le miracle islandais qui trace sa route, la Tunisie « berceau des Révolutions Arabes » semble avoir choisi sa voie… Mais est-ce vraiment la bonne ? Si seulement Mustapha Kamel Nabli pouvait nous répondre…

Par Olfa Riahi

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